Éducation

Décrypter les troubles de l’apprentissage et accompagner son enfant

Par Maxime
6 minutes

Comprendre les troubles de l’apprentissage chez l’enfant : repères et réalités

Lorsque les premières difficultés scolaires surgissent, que l’enfant peine à lire, écrire ou même à s’organiser malgré une curiosité bien présente, la question des troubles de l’apprentissage se pose naturellement. Ces troubles, souvent regroupés sous l’appellation « troubles Dys » (dyslexie, dyspraxie, dyscalculie, dysphasie, etc.), touchent entre 5 % et 10 % des enfants d’âge scolaire en France. Ils constituent un véritable défi du quotidien, aussi bien pour l’enfant que pour sa famille.
Bonne nouvelle cependant : plus tôt ils sont repérés et compris, plus il est possible d’apporter des solutions concrètes à l’école comme à la maison. Explorons, étape par étape, comment reconnaître ces troubles, les faire diagnostiquer, et surtout accompagner efficacement son enfant vers l’autonomie et l’épanouissement.


Distinguer les principaux troubles de l'apprentissage : comment les repérer ?

Chaque enfant apprend à son rythme. Mais certains profils persistent à rencontrer des difficultés marquées, malgré un environnement stimulant et de nombreux efforts. Les symptômes varient d’un trouble à l’autre, et il n’est pas toujours facile de faire la part entre un simple retard et un véritable trouble.

  • Dyslexie : on observe des difficultés persistantes dans l'apprentissage de la lecture, des confusions de lettres ou de sons, de la lenteur, des inversions ou des fautes d’orthographe récurrentes.
  • Dyspraxie : impacte la coordination gestuelle et le graphisme. L’écriture est laborieuse, difficile à relire, et l’enfant a du mal avec les activités manuelles simples (découper, lacer les chaussures, faire des puzzles, etc.).
  • Dyscalculie : concerne l’acquisition des compétences mathématiques : difficulté à compter, à mémoriser les tables, à manipuler les chiffres ou à résoudre des problèmes simples.
  • Dysphasie : trouble spécifique du langage oral. L’enfant a du mal à comprendre ou à formuler des phrases, ses propos sont parfois incohérents ou grammaticalement incorrects.
  • TDA/H (trouble Déficitaire de l’Attention avec ou sans Hyperactivité) : problématique de concentration, agitation motrice ou grande distractibilité. On parle souvent de l’« élève dans la lune » ou difficile à canaliser.

Signes qui doivent alerter : difficultés qui persistent malgré les aides, sentiment d’écart croissant avec les camarades, baisse de confiance en soi, voire refus scolaire. En cas de doute, dialoguez avec l’enseignant : son regard sur l’évolution en classe est précieux.


Premiers réflexes face aux difficultés : éviter les fausses pistes et agir avec méthode

Face à un enfant en difficulté, il peut être tentant de multiplier les exercices, voire de « forcer » l’apprentissage. Or, pour un trouble dys, le problème n’est pas le manque de travail ou de bonne volonté, mais le fonctionnement neurologique spécifique qui bloque certains apprentissages.
Voici les étapes à privilégier :

  • Prendre rendez-vous avec le médecin traitant : C’est souvent le point de départ. Il oriente si besoin vers un professionnel spécialisé selon les difficultés (orthophoniste, psychomotricien, neuropsychologue, ergothérapeute…)
  • Ne pas attendre « que ça passe » : Les troubles de l'apprentissage ne disparaissent pas spontanément. Une intervention précoce limite l’accumulation de retard et de souffrance.
  • Écarter d’autres causes : Problèmes de vue, d’audition, carences, environnement stressant… Mieux vaut éliminer les causes « simples » en premier lieu.

Le diagnostic : à qui s’adresser et pourquoi est-ce important ?

Un diagnostic précis est indispensable pour adapter l’accompagnement. Il ne s’agit pas d’une étiquette, mais d’une clé pour mettre en place des outils réellement efficaces.

  • Pour la dyslexie, dysphasie, dysorthographie : bilan orthophonique approfondi.
  • Pour la dyspraxie : évaluation par un(e) ergothérapeute ou psychomotricien(ne), parfois avec l’aide d’un neuropsychologue.
  • Pour le TDA/H ou les troubles complexes : consultation auprès d’un centre spécialisé (CMP, CMPP) ou d’un neuropédiatre.

Le diagnostic aboutit souvent à la rédaction d’un compte rendu, utile pour les enseignants et nécessaire pour solliciter des aménagements à l’école (PAP, PPS ou PAI selon la gravité et la nature des troubles).


Accompagner au quotidien à la maison : conseils et stratégies concrètes

C’est souvent lorsqu’il s’agit de faire les devoirs ou d’apprendre autrement qu’apparaît le défi majeur. Voici quelques pistes pour accompagner votre enfant au mieux :

  • Favoriser un environnement rassurant et ludique : la confiance en soi est la première victime des troubles de l’apprentissage. Valorisez les points forts, célébrez chaque progrès, aussi minime soit-il.
  • Décomposer les tâches : fractionnez consignes et exercices, aidez à reformuler ce qui est attendu, faites des pauses entre deux étapes.
  • Utiliser des supports adaptés : papier de couleur pour la dyslexie, règles d’écriture spécifiques, utilisation d’ordinateurs (avec correcteurs, synthèse vocale, etc.), tables de multiplication à plastifier…
  • Penser au « multi-canal » : alternez l’auditif, le visuel, le kinesthésique. Par exemple, apprendre une leçon à voix haute, l’illustrer, la manipuler concrètement.
  • Mettre en place des routines : horaires réguliers, rituels pour commencer le travail, minuteur pour gérer les temps d’attention.
  • Communiquer activement avec l’école : transmettez les informations aux enseignants, proposez des adaptations ou des aides à mettre en place.
  • S’appuyer sur les aides extérieures : associer les professionnels (orthophonistes, ergothérapeutes, etc.) à la réflexion familiale. Ils peuvent outiller les parents comme les enfants.

Comment aider concrètement en fonction du trouble ?

  • Dyslexie : privilégier les textes épurés, diviser les consignes, encourager la relecture avec le doigt, utiliser les livres audio.
  • Dyspraxie : décorer les trousses pour différencier les crayons, privilégier le clavier d’ordinateur, adopter des lettres cursives grand format, proposer des cartes mentales.
  • Dyscalculie : manipuler du matériel (perles, cubes, jetons), accorder un temps supplémentaire, visualiser les nombres avec des couleurs ou des schémas.

Bien vivre l’école avec un trouble Dys : quels droits et quels aménagements ?

L’école française propose plusieurs dispositifs d’aide pour les enfants à besoins éducatifs particuliers. Quelques repères :

  • Le PAP (Plan d’Accompagnement Personnalisé) : proposé par l’école sur simple demande des parents ou de l’équipe pédagogique. Il permet des adaptations pédagogiques (plus de temps, police adaptée, consignes reformulées, etc.).
  • Le PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation) : plus formel, destiné aux enfants dont le trouble impacte fortement la scolarité. Il se met en place avec la MDPH et peut inclure l’intervention d’un AESH (accompagnant d’élève en situation de handicap).
  • Le PAI (Projet d’Accueil Individualisé) : utile en cas de trouble associé (ex : épilepsie ou allergie couplée à un trouble dys).

Il est essentiel de rencontrer l’équipe éducative au moins une fois par an, d’échanger régulièrement avec l’enseignant référent et de demander de l’aide si les adaptations ne suffisent plus. Le dialogue famille-équipe éducative est la clef d’une scolarité réussie.


Du côté de la famille : prévenir l’épuisement et la culpabilité

Accompagner un enfant porteur de trouble de l’apprentissage, c’est aussi gérer une montagne russe émotionnelle : inquiétude face à ses difficultés, colère devant l’incompréhension de certains adultes, fatigue liée aux démarches ou aux devoirs à rallonge… Il est important de :

  • Prendre soin de soi et éviter l’isolement : ne pas hésiter à rejoindre une association de parents, à demander conseil aux groupes de pairs ou à solliciter un espace de parole avec un professionnel.
  • Déculpabiliser : le trouble dys n’a rien à voir avec le niveau d’éducation des parents ou leur investissement. C’est une différence neurologique.
  • Impliquer, mais ne pas surcharger la fratrie : chaque enfant a besoin de sa place, sans être assigné au rôle « d’adulte de secours ».

Checklist pratique – accompagner un enfant avec troubles de l’apprentissage

  1. Noter, dès l’apparition des difficultés, les situations et matières concernées pour en parler au médecin et à l’école.
  2. Prendre rendez-vous rapidement pour un bilan avec un professionnel adapté (orthophoniste, ergothérapeute, etc.).
  3. Informer l’enseignant et solliciter des aménagements provisoires en attendant un diagnostic officiel.
  4. Créer à la maison un espace de travail calme, organisé et rassurant.
  5. Favoriser les outils adaptés : ordinateur, supports visuels, minuteurs, cartes mentales…
  6. Valoriser les réussites, encourager l’autonomie étape par étape.
  7. Oser dire stop en cas de surcharge et se ménager des temps de pause familiale.
  8. Rester à l’écoute, sans dramatiser ni minimiser; faire appel à un psychologue si un mal-être s’installe.

Ressources utiles – où trouver aide et informations ?

  • Fédération Française des DYS (www.ffdys.com) : informations, annuaire de professionnels spécialisés, témoignages.
  • Sites institutionnels : eduscol.education.fr (guides pédagogiques, aménagements scolaires), MDPH de votre département.
  • Associations de parents : APEDYS, Dysphasie France, AAD France

En résumé : oser demander de l’aide, croire en les progrès

Les troubles de l’apprentissage ne sont pas une fatalité, mais ils nécessitent une attention attentive, une collaboration active avec l’école, l’entourage et les professionnels de santé. L’objectif premier : permettre à chaque enfant dys de (re)trouver la confiance en ses propres capacités, de progresser à son rythme, et d’envisager l’école non comme une source de souffrance, mais comme un espace d’égalité des chances.
Pour d’autres conseils concrets, tutoriels pas-à-pas et retours d’expériences de parents concernés, parcourez la rubrique Santé des enfants ou Organisation maison sur bonsplansfamille.fr. Osez poser vos questions : chaque parcours est unique, mais ensemble, on avance mieux !

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